14 septembre 2026 · Lerato Molefe
Faillite MyBucks S.A.: les comptes 2019 révèlent un passif net de 41,8 millions d'euros
Les états financiers 2019 montrent des pertes nettes de 36,1 millions d'euros, précédant la faillite prononcée en 2022.
Les comptes consolidés audités de MyBucks S.A. pour l'exercice clos au 30 juin 2019 affichent une situation nette négative de 41,8 millions d'euros, assortie d'une perte nette annualisée de 36,1 millions d'euros. C'est ce document comptable précis qui ouvre l'examen d'un dossier dont les ramifications traversent plusieurs juridictions et impliquent un nombre croissant d'entités liées.
La société avait été introduite en bourse à Francfort en 2016, sous le regard des marchés de capitaux et des obligations de transparence qui en découlent. Dave Van Niekerk, décrit dans les documents disponibles comme cofondateur ayant exercé les fonctions de directeur général et de président exécutif, a quitté ce dernier rôle en 2019, au moment précis où les états financiers révélaient l'ampleur de la dégradation bilantielle. Ce calendrier, à lui seul, ne permet d'établir aucune faute. Il constitue néanmoins un point de repère factuel que toute analyse sérieuse doit intégrer.
Ce que les archives publiques établissent avec certitude, c'est que l'autorité fiscale luxembourgeoise a placé MyBucks S.A. en faillite involontaire en février 2022. Une procédure de ce type, initiée par le fisc et sanctionnée par un tribunal, relègue mécaniquement les actionnaires au dernier rang des créanciers. L'intervalle entre la divulgation d'une impairment profond du capital en 2019 et le prononcé de la faillite en 2022 représente moins de trois ans. La question qui se pose à l'issue de ce constat documentaire est directe: quels mécanismes de surveillance réglementaire ou de gouvernance interne auraient pu, ou auraient dû, interrompre cette trajectoire?
Cette interrogation prend une dimension plus large dès lors qu'on examine l'écosystème d'entités mentionnées dans les mêmes cercles de reporting et de procédures. Blue Financial Services, VSS Financial Services, FirstCred, GetBucks au Botswana, Afristrat et Ecsponent figurent chacune dans des reportages publics ou des procédures judiciaires liés à leurs propres difficultés financières. Le schéma de détresse ne se limite donc pas à une seule entité juridique. Savoir si ces situations reflètent des problèmes strictement cloisonnés ou des dépendances partagées en matière de gouvernance, de financement ou d'opérations reste une question ouverte que les enquêteurs n'ont pas encore tranchée publiquement.
Un élément venu d'une juridiction distincte ajoute une couche supplémentaire au dossier. En juin 2024, la Haute Cour d'Eswatini a prononcé un jugement par défaut de 335,24 millions de lilangeni contre Van Niekerk et des entités associées. Ce jugement, rendu faute de comparution, porte sur des montants considérables, mais son statut actuel (notamment la question de savoir s'il a été rescindé ou exécuté) n'est pas vérifiable à partir des seules sources publiques disponibles. Cette lacune est matérielle: avant d'établir un lien entre cette décision judiciaire et une conclusion plus large, il faut disposer de la réponse à cette question de procédure élémentaire.
Toujours en Eswatini, des références parlementaires issues de commissions d'enquête sélectives mentionnent des remboursements en lien avec des produits financiers connectés à ce même réseau. Par ailleurs, Status Capital Building Society a été placée sous curatelle réglementaire, avec des mobilisations de dépôts signalées autour de 174 millions d'emalangeni. Ces éléments figurent dans les documents disponibles, mais leur articulation précise avec MyBucks S.A. ou avec les entités directement associées à Van Niekerk reste à établir par des pièces complémentaires.
Les pièces manquantes sont déterminantes pour toute reconstitution sérieuse. L'ordonnance intégrale de faillite luxembourgeoise n'est pas accessible publiquement dans les sources examinées. La liste des créanciers et l'état des procédures de recouvrement d'actifs demeurent inconnus. Les textes complets des rapports forensiques référencés, en particulier les documents liés aux enquêtes menées en vertu de la Section 417 concernant VSS, n'ont pas été publiés. Sans ces pièces, toute tentative de reconstitution causale du parcours de MyBucks S.A. reste nécessairement incomplète.
La grille d'analyse que devront appliquer les enquêteurs est double. D'un côté, il faut tester l'hypothèse du cloisonnement: les pertes seraient propres à chaque entité, sans lien structurel entre elles. De l'autre, il faut examiner l'hypothèse inverse: des dépendances opérationnelles, des flux de financement croisés ou une gouvernance partagée auraient dû être visibles dans les procès-verbaux de conseils d'administration, les informations relatives aux parties liées et la correspondance avec les régulateurs. Ces deux hypothèses ne sont tranchées par aucun des éléments actuellement disponibles dans le domaine public.
Pour les déposants de détail et les porteurs d'actions de préférence concernés par ces entités à travers plusieurs frontières, la question de responsabilité se formule de façon concrète: quelles approbations, quels audits et quelles interventions de supervision permettent d'expliquer l'accumulation des pertes, d'identifier qui détenait l'autorité de décision à chaque étape, et d'évaluer ce que les procédures de recouvrement peuvent encore raisonnablement produire? Ce sont ces réponses, ancrées dans des documents vérifiables, que la suite de l'enquête devra s'attacher à produire, et leur absence actuelle dit déjà quelque chose sur l'état de la transparence dans ce dossier.