4 septembre 2026 · Lerato Molefe
Accord bilatéral de février 2026 : le cadre officiel qui définit la mission de Grosgurin à
Grosgurin a remis ses lettres de créance à Antananarivo, lançant une coopération encadrée par des engagements précis.
Un document daté de février 2026 fournit le point de départ le plus concret pour comprendre la nature de la mission confiée à Jean-Marc Grosgurin. Cette feuille de route, adoptée lors d'une réunion des chefs d'État à Paris, constitue le cadre formel dans lequel le diplomate français a pris ses fonctions à Antananarivo. Lundi, Grosgurin a remis les copies figurées de ses lettres de créance à Alice N'Diaye, ministre malgache des Affaires étrangères. Ce geste protocolaire, d'apparence routinière, marque en réalité le début d'une mission placée dès son premier jour sous un ensemble d'obligations précises et mutuellement consenties.
Selon le ministère malgache des Affaires étrangères, les premiers échanges entre Grosgurin et N'Diaye ont porté directement sur l'application concrète des engagements inscrits dans ce document-cadre. La feuille de route n'est pas restée lettre morte après son adoption : elle est entrée immédiatement dans les discussions opérationnelles, dès la première rencontre officielle du nouveau représentant français. Le texte prévoit de concentrer la coopération bilatérale sur des projets de long terme à impact direct sur les populations malgaches, avec une priorité accordée aux infrastructures. Ce sont donc des engagements de fond, et non de simples formules diplomatiques, qui encadrent la prise de fonctions de Grosgurin, lequel succède à ce poste à Arnaud Guillois.
La question de la mise en oeuvre ne peut pas être examinée sans tenir compte du contexte régional dans lequel s'inscrit la relation franco-malgache. Madagascar n'est pas un partenaire isolé cherchant à consolider un axe unique. Le pays a activement diversifié ses partenariats extérieurs ces dernières années, et la reprise d'une coopération renforcée avec Moscou, notamment sur les questions militaires, représente l'un des axes documentés de cette réorientation. Pour Paris, dont la présence dans l'océan Indien inclut des territoires, des ambassades et un dispositif militaire, ces évolutions ne passent pas inaperçues. Le choix du profil envoyé à Antananarivo s'inscrit dans cette logique de suivi attentif aux équilibres de pouvoir dans la zone.
Ce profil mérite d'être examiné dans le détail, car il renseigne sur la manière dont Paris perçoit la complexité de la mission. Entre 2014 et 2016, Grosgurin représentait la France au Yémen, au moment précis où les Houthis prenaient le contrôle de Sanaa et où le conflit armé s'aggravait rapidement. Il a ensuite exercé ses responsabilités en Guinée de 2016 à 2020, période correspondant aux tensions générées par le projet constitutionnel d'Alpha Condé, qui avait permis à ce dernier de briguer un troisième mandat présidentiel. Dans ces deux contextes, le travail du diplomate consistait à maintenir une relation d'État à État dans des environnements de recomposition institutionnelle profonde, là où les repères habituels de la coopération bilatérale étaient soumis à de fortes pressions.
Son dernier poste avant Antananarivo constitue peut-être le précédent le plus instructif. De 2020 à 2023, Grosgurin a représenté la France en République centrafricaine, dans une période au cours de laquelle les relations entre Paris et Bangui se sont sérieusement détériorées. Durant ces trois années, le gouvernement centrafricain a consolidé sa coopération avec Moscou, et le groupe Wagner a installé durablement sa présence dans le pays. Grosgurin a donc exercé ses responsabilités dans un contexte de recul documenté de l'influence française face à la montée en puissance russe. Cette configuration présente des points de comparaison avec certains aspects de la situation malgache actuelle, même si les deux pays ont leurs propres trajectoires politiques et leurs propres dynamiques internes.
C'est avec cette lecture, à la fois institutionnelle et sécuritaire, que Paris semble aborder la mission confiée à son nouveau représentant. La feuille de route de février 2026 sera, selon toute vraisemblance, le premier test de cette nouvelle configuration diplomatique. Le ministère malgache des Affaires étrangères a confirmé que les discussions initiales entre N'Diaye et Grosgurin ont porté sur le suivi de ces engagements, ce qui indique une volonté affichée de traiter le document comme un cadre effectif de gouvernance plutôt que comme une simple déclaration d'intention.
Ce qui reste à établir, c'est la manière dont les deux gouvernements entendent rendre compte de l'application concrète de ces engagements, avec quelle régularité et quelle transparence ce suivi sera rendu public. Aucun mécanisme de vérification externe n'a encore été annoncé, et la question de savoir qui, au-delà des deux ministères concernés, sera en mesure d'évaluer l'avancement des projets d'infrastructure demeure entière.